lundi, 25 avril 2011
Le Christ aux outrages
Le Christ aux outrages

« Si ignobilis, si inglorius, si inhonorabilis, meus erit Christus », écrit Tertullien, dont la prose aux érubescences de lave en fusion fait mes délices en ce moment. « S’il est sans éclat, s’il est sans gloire, s’il est déconsidéré, c’est le Christ que je cherche. »
Voilà pour les pontifiants zouaves d’Avignon partis en croisade contre la présentation au musée d’Art contemporain d’une photographie de l’américain Andres Serrano reproduisant en grand format l’immersion sacrilège d’un petit crucifix dans de l’urine.
« Si ignobilis, si inglorius, si inhonorabilis, meus erit Christus » : peu d’œuvres contemporaines illustrent plus sauvagement l’exhortation redoutable du Grand fauve de Carthage que cette photographie d’une force monstrueuse en rouge et jaune intitulée Piss Christ.
Son Excellence Mgr l’Archevêque d’Avignon a eu tort de solliciter son retrait auprès des autorités compétentes. Il aurait mieux fait de monter en chaire et de prendre l’adversaire à contre-pied en mettant en valeur les vérités qu’elle nous donne à sentir sur la cohabitation de la grandeur et de l’abjection.
Le Christ et la pisse : ce sont les deux extrémités entre lesquelles l’humanité se débat, plus prompte à se noyer dans celle-ci qu’à se jeter aux pieds de celui-là. Un chrétien ne peut pas s’effrayer de la coexistence des opposés : c’est le grand mystère.
Le choc des contraires
L’œuvre présentée à Avignon nous rappelle qu’entre le Christ et l’Ordure, il n’y a pas de milieu. Un chrétien de l’ancienne école, un chrétien né avant qu’on ait pris l’habitude de greffer les baptisés avec des cerveaux de singe ou de mouton, ne s’en serait pas scandalisé.
Léon Bloy aurait probablement adoré Piss Christ, ce tableau qui dit tout en deux mots. Artiste d’avant-garde dans son genre, le Mendiant ingrat goûtait les happenings sauvages et le choc des contraires.
Souvenez-vous de ses Propos d’un entrepreneur de démolition : « Il n’y a que deux choses, entendez-vous, qu’on puisse mettre sur une tombe et qui y fasse un très bon effet : la Croix du sauveur des âmes ou un énorme excrément humain ! Choisissez donc canailles ! » Mais les canailles ne veulent plus choisir. Elles font des pétitions, elles manifestent, elles dissimulent leur veulerie derrière des pseudonymes sur Internet.
Il n’y a pourtant pas à s’étonner des outrages que continue de recevoir Jésus. Un Dieu à l’abri des moqueries, un Dieu à l’abri des blasphèmes, un Dieu à l’abri de l’humaine pourriture serait bon pour les païens ou pour les philosophes. Ce ne serait pas le Christ que je cherche, le Christ que je veux, le Christ que j’aime, venu me relever au fond du caniveau – ou, qui sait ? – dans l’urine où je pourrissais.
Quelle rage ou quel dépit amoureux ?
Non, décidément, les blasphèmes touchant le Rédempteur ne me troublent plus. C’est peu dire qu’il en a vu et vécu d’autres, à commencer par tous ceux que je lui fais subir jour après jour.
Je ne connais rien aux préférences secrètes d’Andres Serrano, j’ignore quelle rage ou quel dépit amoureux se dissimule derrière son Piss Christ. Mais les arguments de ceux qui prétendent qu’il est trop facile d’épancher ainsi son nihilisme sur le dos des croyants ne m’intéressent pas. Ce qui m’intéresse, c’est justement ce nihilisme visant le Christ, un nihilisme auquel j’ai envie de répondre comme le curé de campagne de Georges Bernanos à un personnage du roman : « Vous pourriez lui montrer le poing, lui cracher au visage, le fouetter de verges et finalement le clouer sur une croix, qu’importe ? Cela est déjà fait. »
Quand j’entends des catholiques expliquer que les musulmans savent mieux se faire entendre et se défendre contre les injures lorsque l’image d’Allah ou de Mahomet est détournée, j’enrage. Si proche de la Bête, si loin du Sens. Je ne demande certes pas à tous ces téméraires Croisés de lire les Pères – Tertullien, Contre Marcion, livre III – mais ils pourraient de temps à autre quitter leurs rangers pour se prêter à des exercices de judo métaphysique.
De la Croix du Sauveur, on fait trop facilement un pendentif, un motif décoratif, un signe sans signification. Et voilà que par le geste brutal d’Andres Serrano elle est rendue à sa brutalité : la Croix redevenue un scandale – du grec skandalon, l’obstacle.
Au Musée des Beaux-arts d’Avignon, on s’y arrête. Elle a perdu ses contours vaporeux de symbole pour redevenir le gibet infamant sur lequel a été cloué Jésus, mort entre deux bandits sous les moqueries pour avoir prêché le pardon des offenses, la pitié des vaincus et la délicatesse envers les opprimés.
Sébastien Lapaque
10:14 Publié dans art, christ, Citation, Opinion | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
dimanche, 13 décembre 2009
Être homosexuel n’est pas un choix
“Être homosexuel n’est pas un choix, mais une donnée de fait qui doit être canalisée dans un projet de vie chrétienne.
Et ce projet, c’est apprendre à aimer comme Jésus Christ nous l’a enseigné.
La modalité d’amour de l’homosexuel est une modalité qui lui est propre, on ne peut l’orienter vers une personne du sexe opposé.
Il me semble qu’une pastorale des homosexuels doit avoir comme prémisse absolue l’acceptation de la condition homosexuelle comme une situation qu’il ne faut pas renier mais au contraire accueillir comme une possibilité d’ouverture à la croissance d’un amour évangélique visant au don de soi.”
(Don Domenico Pezzini, cité dans “L’amour n’est pas un péché”, Editions Bayard 2005, p 238-239)
A découvrir le blog d'ETIENNE http://anotherdaylight.wordpress.com/a-propos-de-moi/
16:19 Publié dans Citation | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
samedi, 30 mai 2009
Madeleine DELBREL
"Nous n'annonçons pas la Bonne Nouvelle, parce que l'Évangile n'est plus une nouvelle pour nous : nous y sommes habitués, c'est une vieille nouvelle.
Le Dieu vivant n'est pas un bonheur prodigieux et bouleversant ;
il est un dû, toile de fond de notre vie.
Le bonheur, ce sont des surplus variables en marge de lui qui est permanent.
Nous ne nous rendons pas compte de ce que serait l’absence de Dieu pour nous ;
donc, nous ne nous rendons pas compte de ce qu’elle est pour les autres.
Nous discutons d'une idée, quand nous parlons de lui;
nous ne témoignons pas d'un amour reçu et donné.
Nous ne pouvons pas annoncer aux incroyants la foi comme une libération de l'absurdité d'un monde sans Dieu, car cette absurdité, nous ne la percevons pas.
Nous défendons Dieu comme notre propriété, nous ne l'annonçons pas comme la vie de toute vie, le prochain immédiat de tout ce qui vit.
Nous ne sommes pas les informateurs de la nouveauté éternelle de Dieu, mais des polémistes défendant une vision de la vie à faire durer.
Aussi, serait-il inutile d'être assez proches pour être entendus, de parler la langue de nos semblables, de leur être présents et existants si, toutes ces conditions étant remplies, nous n'avions pas retrouvé nous-mêmes le message total que nous avons reçu et que nous avons à transmettre."
("Nous autres, gens de rue", Seuil coll. Livre de Vie pages 256-257)
22:45 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : spiritualité
samedi, 18 avril 2009
Le Christ sur la chaise électrique

Ne me cache pas ton visage ! » (Psaume 26)
Elle a été assassinée dans les chambres à gaz : c’est le Christ.
Il porte des guenilles : c’est le Christ.
Elle est en prison : c’est le Christ.
Il est immigré : c’est le Christ.
« Je cherche ton visage, Seigneur !
Ne me cache pas ton visage ! »
Elle agonise sur son lit de souffrance : c’est le Christ.
Il est sale, il sent mauvais, il mendie : c’est le Christ.
Elle se drogue : c’est le Christ.
Il est battu à mort : c’est le Christ.
« Je cherche ton visage, Seigneur !
Ne me cache pas ton visage ! »
Elle a faim, il a soif : c’est le Christ.
Il est condamné à mort : c’est le Christ.
Elle se prostitue : c’est le Christ.
Il a été torturé : c’est le Christ.
« Je cherche ton visage, Seigneur !
Ne me cache pas ton visage ! »
Il est homo : c’est le Christ.
Elle est séropositive : c’est le Christ.
Il hurle la colère de ses « pourquoi » : c’est le Christ.
Elle a tenté de se suicider : c’est le Christ.
« Je cherche ton visage, Seigneur !
Ne me cache pas ton visage ! »
Seigneur, comment te reconnaître sous le visage défiguré de chacune de ces personnes malmenées, méprisées, cassées ?
Tu as donné ta vie pour elles.
Avec toi, le crucifié, l’Amour est écartelé.
Mais nous ne voyons plus tes membres transpercés sur deux bouts de bois, aveuglés que nous sommes par l’habitude.
Sur une croix ou sur une chaise électrique, tu portes sur tes épaules tout le malheur du monde. Ton chemin est celui de tout homme.
Chemin de croix, chemin de mort, il peut devenir chemin de vie.
Mettre ses pas dans tes pas sur ton chemin de souffrance,
c’est se laisser entraîner vers la lumière de la Résurrection où l’Amour crucifié devient l’Amour transfiguré.
21:36 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : spiritualité
dimanche, 08 mars 2009
Simone WEIL ( 1909-1943 )
" Si on se détourne du Christ
pour aller vers la vérité,
on ne fera pas un long chemin
sans tomber dans ses bras. "
14:54 Publié dans Auteur | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : citation, auteur, spiritualité



